"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" (Stig DAGERMAN)
1 Décembre 2018
When you were too in love to let it show... ☽ ♫✨
Réparer les cœurs...
Une agente immobilière réunit les cœurs
plusieurs décennies après.
L'humanité - Jeudi 24 décembre 2036
Société - Fait d'Hiver
PARIS - LYON - PARIS - LYON
Une jeune agente immobilière a sauvé du fond d'un garage une vieille boîte à chaussures qui contenait les souvenirs depuis longtemps enfouis de deux amoureux éloignés par la vie : une cassette audio, une écharpe noire, un élastique à cheveux, des petits pots de miel, deux billets de concert, une collection de tickets de RER usagés et marqués au dos, et autres trésors. Après une enquête minutieuse de la jeune femme, la boîte a donc pu être remise à sa propriétaire quarante ans plus tard.
***
"Je ne sais pas si je ne perds pas mon temps à faire ces enregistrements : comment pourrais-tu les écouter un jour? Comment ils pourraient te parvenir? Comment pourrais-tu entendre tout ce que j'ai à te dire et qui est resté tût si longtemps?
J'ai appris de toi. J'ai appris à tout garder. J'ai appris à ne rien jeter.
Cette boîte de DocMartens que tu avais achetées en venant me rejoindre un soir après tes cours... Et pour tous nos rendez-vous, toutes nos soirées où il nous était autorisé de nous voir, tu les portais... Cette boîte... tu l'avais abandonnée chez moi en courant attraper le dernier RER au milieu de la nuit... Comme chaque fois d'ailleurs... tu repartais à toute allure... C'était le prix pour profiter de la dernière seconde tous les deux... Cette boîte... d'abord je l'ai cachée... trop bien... et j'ai fini par l'oublier pendant longtemps. Mais le temps a passé et la peine a cicatrisé, les beaux souvenirs eux subsistent encore plus fortement. Tu subsistes, tu es là, toujours, inexorablement.
Aujourd'hui tous ces objets sont ce qui me reste de toi. Ils me rappellent à toi. Ils me rappellent qu'il y'a eu un NOUS, que nous avons existé, quelque part, cachés à l'abri des regards, et que tout cela n'était pas vain.
Tu m'as demandé pardon... mais j'avais trop mal...et pour me protéger je t'ai fermé ma porte. Aujourd'hui c'est moi qui te demande pardon de n'avoir pas compris ce qui n'était pas tes choix mais tes fuites, tes échappatoires. J'ai eu mal de devoir retourner à ma vie normale...
Aujourd'hui j'ignore où tu peux être, ce que tu vis,et surtout si tu es heureuse, mais sache que de ces 5 mois tu as fait de moi un homme heureux... et j'ai toujours gardé au creux de moi tous nos rituels dont l'intérieur de cette boîte à chaussures témoigne.
Désolé... j'ai la voix qui tremble. Et puis aussi je me dis que je ne suis qu'un pauvre fou à te parler comme ça à travers ce magnétophone désuet et faire comme si j'avais le bonheur de t'avoir en face de moi et de te dire tout ça les yeux dans les yeux. C'est ça que je voudrais en fait : t'avoir en face de moi, pour pouvoir te dire tout ça, et faire en sorte aussi que tu me croies, que tu baisses la garde.
Bon je continue...
Colores-tu toujours tes cheveux de noir aujourd'hui où les laisses-tu gris? Ou bien ils sont blancs? Non, pour moi ils seront toujours noirs...
As-tu des enfants? Des petits enfants? Toi qui parlais sans cesse de ta Mamie, es-tu dans ce rôle aujourd'hui?
Que reste-t-il de nous dans tes souvenirs et dans ton cœur? T'arrive-t-il de retourner vers ces endroits que nous aimions tant toi et moi lorsque tu étais étudiante?
Regardes-tu encore la Lune avec toujours autant de passion? Nous l'observons sûrement souvent ensemble alors...
Je voudrais combler tous les silences pour te dire beaucoup plus exactement ce qu'il en était alors pour moi quand j'étais avec toi, durant toutes nos soirées, nos morceaux de nuits volées jusqu'à ton dernier RER, et tous ces tickets de RER que tu avais gardés et que tu m'as donnés la dernière fois où j'ai fait ce choix fatal. Tous ces tickets au dos desquels tu avais soigneusement écrit en tout petit le déroulé de chacune de nos soirées. Tu me les as donnés, entourés d'un de tes élastiques à cheveux et j'en ai découvert le verso amoureux si soigneux plus tard en ôtant l’élastique noir et en les séparant les uns des autres. J'aurais voulu revenir en arrière, remonter le temps, te rattraper, courir vers toi.
Zut zut zut, je vais être à court de cassette, je vais être censuré, ça va pas du tout ça, il y'a trop trop de choses que je ne t'ai même pas encore________"
*******
Bizarre quand même cet appel.
Une boîte de Doc Martens?
Je suis en train de m'imaginer n'importe quoi. Je me fais du mal. Arrête ça de suite!
La signature "...dans la Lune" écrit sur des tas de tickets de RER... Mais c'est ma signature ça!
Cette femme est folle! Je suis encore plus folle qu'elle d'y croire et de me rendre à ce stupide rendez-vous.
Rentre chez toi! Mais qu'est-ce que tu fais?! C'est stupide. Stupide. T'es plus une gamine! Tu crois quoi? Que t'es dans Titanic? La route de Madison? Non mais n'importe quoi, je délire. Je suis tarée. Tarée.
Redescends sur terre. Réveille-toi bon sang! Tes choix sont faits! Ta vie est derrière toi!
Mais quand même... Un petit pot de miel... 22h22 écrit partout... Mais c'est moi ça, c'est lui, c'est nous, c'est notre histoire...
Arrêtes, tu recommences. Je rêve. Je dois rêver. Je rêve, c'est sûr.
On va me rendre comme ça des morceaux de mon cœur enfouis dans une veille boîte à chaussures? Non mais ça va pas la tête.
Je suis folle.
Je maudis cette femme. Et puis pour qui se prend-elle d'abord?
J'aurais dû lui raccrocher au nez. Ces bêtises adolescentes ne méritaient que ça.
Elle ne se rend pas compte quand même. Non elle ne se rend pas compte...
J'espère qu'elle sera à l'heure au rendez-vous au moins. Le monde, la vie parisienne oppressante, mais bon sang mais c'est loin tout ça pour moi perdue dans ma campagne depuis si longtemps.
Au secours...
Je suis folle. Il faut que j'arrête de rêver.
Pourtant... je m'interdis des pensées, des rêves, des envies que j'ai déjà.
Oh punaise. C'est elle? C'est ma boîte qu'elle tient?
Y trouverai-je un peu de lui?
Bon. Jette-toi à l'eau ma veille.
"Je suis sentimentale - je le sais. Je suis désespérée et déraisonnable - je le sais aussi. Oh, aide-moi."
Anne Franck (1929-1945)
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