"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" (Stig DAGERMAN)
15 Septembre 2019
La violence
c'est le mot de contournement
quand les choses sont mal nommées.
...et à trop taire cette violence, elle finit par se montrer à n'importe quel coin de rue.
"On écrit bien mieux qu'on ne dit,
on ose tout ce que la voix bannit"
Jean-Jacques Goldman, "Nous ne nous parlerons pas"
***
J'écris mieux que je ne dis, j'ose ce que ma voix bannit.
Non.
J'écris surtout davantage.
Oui et non.
J'écris plus en vérité que je ne dis.
Du coup il y'a trop à dire de cette impétueuse propension à vouloir absolument tout dire, tout dévoiler, coûte que coûte. Cette mise à nue vitale et permanente, sans même vraiment mesurer si c'est le bon moment, la ou les bonnes personnes, si je ne vais pas me perdre un peu plus, si je ne vais pas faire fuir ou pire faire injustement parler sur moi, se plaindre de moi.
Et je repars triste et fatiguée de ce que j'aurais pourtant tellement eu besoin que l'on accueille de moi et avec quoi je dois repartir, le cœur lourd.
Ça déborde de moi.
Je ne vous ai pas en face de moi mais seulement cette page blanche, cet écran.
Et je me permets d'y aller de mes mots, sans crainte, sans appréhension, sans peur, sans "peut-être ça ne se fait pas si je dis cela...".
Quand je parle en société, c'est comme si j'avais une certaine quantité de mots à utiliser, et pas l'autorisation de plus. Très vite un gros panneau lumineux au-dessus de moi clignote à pleine puissance et me dit "quota de mots atteint! danger danger! auditoire saoulé!"
Adieu toute exubérance, adieu mes petites particularités écrites, mes codes. Il n'y a pas de pause possible, impossible de "poser la plume", d'éteindre la lumière ou de clore les paupières de tous et de prendre aussitôt mes jambes à mon cou.
Je suis coincée, intimidée, tétanisée, pétrifiée...
Impressionnée. De quiconque entre dans ma vie.
Rare sont ceux qui en sortent... dans ma tête.
Je suis fatiguée, de m'être tant racontée,
tant trompée,
d'avoir tant espéré.
Fatiguée de tous ces décalages.
J'ai tant été blessée d'avoir si été écourtée.
"Mais aussi, fais plus court et peut-être qu'on t'écoutera un peu plus!"
Mais oui mais aussi... j'en ai long, gros sur le cœur vous savez...
"Je suis sentimentale - je le sais. Je suis désespérée et déraisonnable - je le sais aussi. Oh, aide-moi."
Anne Franck (1929-1945)
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