"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" (Stig DAGERMAN)
12 Juillet 2024
Si le bus est vide, devant qui puis-je parader?
Si le bus est vide, qui tombera amoureux de moi?
Si le bus est vide, qui va pouvoir s'intéresser un tout petit peu à moi,
au moins le temps du trajet?
Même si durant ce trajet vous vous dites que je dois être une fille perdue,
une fille qui a clairement besoin de reconnaissance,
et que je serais prête à tout pour cela,
pour me faire remarquer, pour que l'on s'intéresse à moi.
Qu'importe… posez vos yeux sur moi.
Oui, par pitié, posez vos yeux sur moi,
même si cela ne dure pas longtemps,
je vous jure que cela me sauvera.
Même si vous posez sur moi des yeux de pitié, posez les, que j'existe.
Enfin, n'affichez pas trop votre pitié, s'il vous plaît.
Pitié, que j'existe. Que j'existe à travers vous. Que je me fasse des films.
Sinon je meurs.
De toutes façon, je m'en fiche,
j'ai choisi désormais de faire,
dans ce bus bondé, comme si vous me regardiez,
et le temps de ce trajet, j'existe.
Le temps de ce trajet, je plane.
Le temps de ce trajet,
je me fais autre, je deviens autre.
C'est après que c'est une autre histoire,
pour en redescendre,
je retrouve mes esprits,
et je me dis que c'est vraiment stupide,
je me dis que c'est ridicule,
que c'est peine perdue,
que je n'impacte personne, que je me fais du mal en fait tout simplement.
Ce bus c'est ma scène à moi.
Mon corps reste le même. Il reste là. Lourd.
Il ne bouge pas. Alors il me faut prendre appui ailleurs.
Il me faut aller chercher mes ressources ailleurs.
Les possibilités que l'on s'attarde sur moi,
à essayer de comprendre
mes regards faussement échappés,
mais qui ne manquent rien de vous.
Bon sang pourtant, le méritez vous ? J'en doute.
Voyez comme je vis, voyez tout ce que je vis.
Certes mon corps vous a peut-être déjà tout dit de moi.
Tout ce que je peux y mettre de sucre et de gras,
ce gros corps peu attrayant,
ce corps qui prend trop de place,
ce corps qui ne sait où se mettre,
ce corps,
qui voudrait tellement se faire plus discret.
Mais ce corps est là, alors tant qu'à faire,
autant faire qu'on le voie,
autant faire qu'il s'exprime,
autant faire qu'il parle pour ce que je garde tout au fond de moi,
pour ce que ce gras que je ne peux dissimuler.
Mais je joue trop, je joue trop et cela m'épuise. Je joue trop et cela me brise, car
le temps d'une scène ou deux, il n'y a que moi qui crois en tout cela.
Il n'y a que moi qui suis la danse à m'épuiser,
à me briser, à ne plus me retrouver, à ne plus savoir où j'en suis,
à me perdre au milieu de toutes ces courses vaines à l'intérêt.
Je me meurs et pourtant je continue.
Je ne sais pas faire autrement.
M'enlever cela, c'est m'ôter la vie,
car quand est-ce alors que je pourrai danser, montrer ce qui n'est pas.
Elle en fait trop. Et on s'en fiche.
Qu'est-ce qu'elle croit? Qu'on la regarde? Qu'on l'observe?
On est bien obligé, c'est vrai qu'elle prend tellement de place.
Tout ce qui lui passe par la tête, n'a pas sa place.
C'est dégueulasse.
"Je suis sentimentale - je le sais. Je suis désespérée et déraisonnable - je le sais aussi. Oh, aide-moi."
Anne Franck (1929-1945)
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