"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" (Stig DAGERMAN)

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.

Rien. Cette envie de rien. Je n'aspire à rien. Je me renferme. L'impression de ne rien ressentir. Mon côté d'ordinaire si passionné voire un peu fou... plus rien. Ou alors, la passion du rien, la passion du vide, la passion de Monsieur Silence, qui englouti tout sur son passage et ne laisse plus rien que des ombres égarées d'un passé qui ne veut pas passer et qui se conjugue toujours au présent. On m'écrit que l'on pense à moi, on m'écrit que l'on m'aime, qu'il faut que je sois forte, qu'il faut que je m'accroche. Je réponds "oui oui", je réponds "d'accord", je réponds "oui tu as raison, je vais essayer", je réponds "merci c'est très gentil". Je me dis que l'on va se rendre compte que je suis devenue une poupée, un automate, une machine à dire "d'accord", des "d'accord" désespérés d'une machine qui ne ressent plus rien et qui répète sans cesse le même refrain. Dans mon cœur c'est le vide. Je ne suis plus qu'un corps, qui se porte d'un point A à un point B, pour retour au point A. Et rebelote. A, ce grand A, A ce grand lit. Mon lit chéri. B frigorifique où je viens remplir ce vide, où tout ce que je trouve je l'engloutis. Et lourde, je déambule. Et ce refrain sans cesse : "Un peu plus, un peu moins... qu'importe?". J'écoute la même musique de ce Nouvel Age. Je m'accroche à cette voix d'un autre temps. Je ne supporte rien de "maintenant". J'espère un futur et ne supporte que le passé. Insupportable passé. Petites madeleines de mon enfance. Cet impalpable passé de madeleines chéries. Mais pas très fort la musique. Qu'elle m'emmène, oui, mais qu'elle ne m'abrutisse pas. Je fuis le bruit. Je veux du calme, du calme. Je me noie dans la pénombre, dans le silence. Lorsqu'un rien vient perturber ce silence, je prends peur, je panique, je prends ma tête entre mes mains, je me recroqueville sur moi-même, sous les couvertures, je me planque du monde, je veux disparaître. Et je hurle, et je hurle. M'éclipser, à tout prix. Mais incorrigible que je suis. Mes cris d'alarme ici ou là. Je les dépose, ici, là, là-bas, tout près, plus loin. Je laisse des indices ici et là de mon mal-être. Mais rien. Je hurle à l'intérieur de moi. "Mais pourquoi ne remarquez-vous pas tous ces petits détails qui devraient vous dire à quel point je suis mal, à quel point je ne crois plus en rien?". "Ils ne voient pas!". Ces endroits ne me disent plus rien. J'y ai perdu mon chemin. Et puis cette infinité de détails qui me bouffent la vie, le quotidien, que je prie pour qu'ils ne voient pas, et que je voudrais tant qu'ils voient. Cette infinie mémoire sale qui ne me lâche pas et me rappelle sans cesse ce dont je peux être capable dans mes pires moments. Et ce qu'il reste de tout ça dans les après. Juste après. Ces obsessions toutes plus fortes et dévastatrices les unes que les autres. Tellement pesantes. Je m'écroule sous le poids des heures lentes, si lentes à défiler. Et en même temps ô que c'est bon cette solitude, ô ma Solitude, que je t'aime, que je t'adore, que je te chérie. Ces longues heures seules où je suis maître de mon temps, de comment je souhaite l'occuper. Ce grand lit que j'occupe tout ce temps. Multitudes de paradoxes. Je suis si bien, je suis si mal. Ça fait un mal de chien d'être bien. Ce pays des cauchemars, ce trou noir dans lequel je m'enlise. J'attends mon 9ème voyage chez les fous si beaux, les dingues de désespoir, à broyer du noir, les paumés dans leur vie, qui me sont tous si chers. J'attends mon remède, ma solution pour me sortir de ce pays des cauchemars. Tout en me demandant "qui sait si je m'en sortirai?". Chaque jour j'ouvre les yeux et chaque jour mes yeux s'ouvrent sur cette vie de riens. Je fonce vers le précipice. Ma quête d'identité. M'étendre, m'allonger. Etoiles du sud, étoiles du nord. Des nords et des suds. De ce combat qui l'emportera? Mon moral inégal d'intranquillités. Que ma vie m'accorde une trêve / Que ma vie s'accorde / Que mes nuits débordent de rêves / Que ma vie s'aborde. Vivre de projets qui ne font qu'attendre. Et j'attends le remède, et j'espère quoique redoutant de perdre à jamais mes violentes afflictions, cette langueur, cette tristesse insolente. Cette peur que le remède n'ébranle à jamais ces sentiments si puissants qui sont ma seule richesse. Quand la violence rit de se voir si belle au miroir de la folie.

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Âme Anonyme

"Je suis sentimentale - je le sais. Je suis désespérée et déraisonnable - je le sais aussi. Oh, aide-moi." Anne Franck (1929-1945)
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