"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" (Stig DAGERMAN)
7 Juin 2018
La petite fille trop sage se rêve pas si sage.
C'est son pays des cauchemars.
Le rêve en elle l’assène et sur scène, elle est elle. Elle se croit elle. C'est sûrement ça qui la fait se perdre.
Elle passe à l’action. Elle connaît la chanson. Elle en connait par cœur les moindres variations.
Elle nourrit sa mémoire sale de passages à l’acte pour éloigner d’elle les passages à tabac.
Elle fixe plus ou moins bien les limites, et se ballade d’elles en ils mais tandis qu'elles laissent des traces bien fades, ils actent les choses, profondément, durablement, ils marquent leur passage.
Elle prend acte à chaque fois et pourtant oublie tout au passage à l’acte suivant. Ou bien elle fait semblant. Elle fait semblant, des fois un peu moins, des fois un peu plus, parfois pas du tout, parfois elle s'oblige à faire semblant.
Elle dépasse les frontières, elle dépasse les âges, tout cela dépasse l’entendement. Tout ça la dépasse totalement.
Le corps en action, tout y passe, elle d'abord, eux, d'âge en âge, tous, et peu importe l’acte. Elle n’a peur de rien ou bien plutôt juste d’elle, c'est d'elle dont elle se méfie, ou alors pas assez, et de ce qui lui passe par la tête, de ce qui lui passera au corps, de ce qui va se passer pour elle, le Diable au corps, le Diable encore.
Sa scène finale, elle tourne autour, elle la nargue.
Au carrefour des sous-entendus tout est entendu dès le premier instant. Les surprises se font rares.
Ce qui a du mal à passer, l’inouï, l’indicible, elle en est fière, elle prétend en tout cas qu'elle en est fière, qu' elle l’a fait, elle, oui elle, qu'elle sait, son corps suggère le contraire, mais elle sait ce qu'il en est pour elle, elle connait, elle mène sa guerre d’acte en acte, ce combat à deux têtes.
"La petite fille est une guerrière, elle joue à ce qu’il ne faut pas faire."
Quitte à y passer. Mordre la poussière.
La nuit dans le couloir des "Sans-soucis" elle s’active la permissionnaire : dehors tout est permis, à l'abri elle et ce lit, en âge, allons-y c’est si bon de brûler les planches, brûler les étapes, quitte à s’y perdre, à brûler ce qui lui reste d'ailes, ce qui reste d’elle.
Réveil amer de l’après, réveils cauchemardesques, les habits défaits, elle contemple ses faits à elle, le piteux spectacle. Ils ne sont que des ombres. Non, ils doivent être moins que des ombres. Ne laisse pas planer le doute. Elle doit poursuivre.
Ce qui est fait est fait, le plus dur reste à faire : se défaire de cette ivresse amère. Ne garder que ce qui est moteur. Se défaire de la peur. Même si c'est elle, la motrice, la conductrice, la matrice.
Mais sans tout ça, quoi?
"Je suis sentimentale - je le sais. Je suis désespérée et déraisonnable - je le sais aussi. Oh, aide-moi."
Anne Franck (1929-1945)
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