"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" (Stig DAGERMAN)
4 Octobre 2019
Adossée... planquée... cachée...
Dans l'attente... en suspens...
Toute de gris et de noir vêtue, fillette femme au visage rond, enfantin, angélique. Un regard qui s'échappe d'on ne sait où. Vers où s'enfuit-elle? Mais a-t-elle seulement envie que l'on sache ce sur quoi sont posés ses yeux? Ou ce à quoi ses yeux cherchent délibérément d'échapper? Se sait-elle regardée? Bien sûr. En joue-t-elle? Cette bouche comme un appel à vous séduire, si mutine. Quel est le vécu de cette bouche? Que sait cette bouche? Son regard profond, lointain mais qui vous sait tout proche, sur elle, à l'observer, chercher à comprendre. Ses yeux amandes qui vous narguent subtilement, qui vous toisent.
Drapée de noir et de gris comme si elle avait compris l'essentiel de ce qu'il fallait montrer d'elle. Juste ce qui vous capte, vous tiens, vous saisit.
La façon qu'a son regard de vous dire : je suis là et pourtant déjà bien loin, vous ne m’attraperez pas. Tandis que vous... vous êtes déjà si bien pris au piège.
Elle semble échappée de nulle-part, ou s'en allant à la dérobade. Un morceau d'elle dans un sens, un autre à l'opposé. Côtoyant mille vies. Elle ne peut ignorer que c'est ce que l'on se demande aussitôt : mais où s'en va-t-elle donc comme ça? Multitudes de paradoxes. Comment se saisir du reste de son corps quand son visage vous aspire autant? Ce visage ne vous regarde pas. Et s'il vous regardait, y prêteriez-vous autant d'attention? C'est ce vertige en vous qu'elle suscite qui provoque votre envie de plonger tout entier, corps et âme en elle, histoire d'essayer d'en savoir d'avantage...
C'est évident : elle se sait regardée. Il est vital que l'on soit là, pièce maîtresse.
Quel âge a-t-elle?
Son visage offert, son corps ses cheveux voilés, ses yeux faussement pudiques, frôlant l’indécence... Vers qui se joue cette danse indécente ? Vers personne? C'est impossible. D'entrée de jeu elle vous a remarqué. Vous êtes au cœur de cet offertoire.
Ce visage si plein. Cette épaule que l'on devine, enfouie sous le châle noir. Quant à tout le reste... on a finalement si peu... mais on n'a déjà plus le temps de s'attarder...
Ce gris noir... cette tristesse qu'elle cache sans cacher... Pourtant cette tristesse qui transpire d'elle, mais qui cherche à vous tromper, à vous égarer, qui vous saisi le cœur, vous renverse, vous fait tour à tour chavirer ou suffoquer.
Un lourd secret?
Cette ébauche de bras qui sort de sous son châle semble sortir hors d'elle.
On ne fait que revenir sans cesse à son visage.
Elle trompe son monde, voile son chagrin et ses secrets pour affronter la rue et la foule effrayantes.
Ce chiffon gris sur sa chevelure ébène, ses noirs yeux noirs si intensément noirs...
Que porte-t-elle que son corps pourrait dire mais que ses couches d'habits taisent? Et si cette bouche charnu pouvait parler, que nous apprendrait-elle? Si de ces couches d'habits elle pouvait se défaire, que nous livrerait-elle?
Cette fille accroche le monde et peut disparaître d'un instant à l'autre. Dès lors, il y'a urgence, se saisir d'elle autant que l'on peut, avant de ne la voir disparaître à jamais, avant que l'on ait pu en faire le tour.
De son regard on ne peut se défaire.
Elle nous échappe avant que l'on ait pu répondre à la moindre de nos questions, nous causant déjà grande douleur.
Elle est un rêve. Rêve-t-elle d'ailleurs? Mais alors, de quelles couleurs sont ses rêves? Parés comme elle de noir et de gris...?
On rêverait de plonger dans ses yeux pour y découvrir ce qu'ils contemplent ainsi ou si tout cela n'est que chimère pour simplement nous faire nous perdre.
Peine perdue, c'est sûr, elle causera notre perte.
"Je suis sentimentale - je le sais. Je suis désespérée et déraisonnable - je le sais aussi. Oh, aide-moi."
Anne Franck (1929-1945)
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