"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" (Stig DAGERMAN)
2 Février 2020
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Calice en ce lit.
Souffrir jusqu'au bout de son mal,
Et même au-delà,
Des douleurs que l'on n'envisageais pas.
Subir l'humiliation totale.
Mais c'est ça être entière, être complète.
De quelle entièreté parles-tu? De quelle complétude?
Tes jolis mots pour enrober l'enfer.
Aligne les mots, vas-y c'est ça, et crée profil bas,
Plus d'écran total,
Assume maintenant,
Supporte l'épreuve jusqu'à son terme,
On vient, c'est qu'on t’aime !
Alors "ma belle" fais la belle maintenant, et aime dix fois plus.
Aime à en mourir.
Et dans tout ça, qu'y croises-tu ?
Qu'y embrasses-tu ?
Après qui cours-tu ?
Et toi, dans tout ça, à l'après venu, t'y retrouves-tu ?
Je suis pliée de rire à lire tout ce que je veux leur faire croire,
Non. De tout ce que j'arrive à leur faire croire.
Mais moi, je sais ! Je sais ce qu'il en est, en vrai, de moi.
Le mal.
Le mal le plus insidieux : celui qui creuse son sillon petit à petit au fil du temps.
Je sais ce que je cherche à leur faire croire.
Être facile.
Mocheté rejetée des âges anciens,
Je me suis bien rattrapée, en nombre, pas vrai, d'ils en ils.
Et elles aussi.
Non?
Tout est affaire de lecture.
De goûts aussi.
Les goûts changent avec l'âge, comme elle a de la chance.
S’ils ne me lisent pas comme il se doit,
Mauvaise lecture de la partition et... perdition !
A deux doigts de me perdre à nouveau une bonne lecture est de mise
Sinon je mise sur autre chose,
A deux mains, demain elle y reviendra bien.
Pour comprendre que ce n'est pas l'enfant que je retrouve.
C'est de l'enfant que je m'éloigne. A tort.
Pas pour mon bien.
Femme caméléon et le phénomène s’accroît ;
La porte s'ouvre, se referme. Jamais totalement.
Glissent les ombres.
Inlassablement, pour venir à croire à du meilleur, encore,
Pour attendre à aimer, à me désaimer plus fort,
Le prix est un délice.
Faux, y'a pas délice, c'est là qu'est l'os.
Mords la poussière. T'as de quoi te couvrir avant d'atteindre les os.
De l'amour, tu en as plein en réserve pas vrai?
Si si.
Juste que je me tienne droite, que je tienne loin.
Mon score.
Ou que je me tienne loin, que je fasse ça bien.
Sans en mener bien large.
J'attends la nuit.
Ou le temps en roue libre.
Largement, pourtant.
Hanche, hanche, chérissez encore.
Renchérissez.
J'attends.
Comme je dois,
Comme je pense que je dois,
Je feins,
Je me tiens là,
Bien en société.
Attablée, le dos courbé, douloureux, le souffle coupé,
Cette gracieuse graisse,
Ce regard perdu,
Qui essaie de suivre,
Et pire encore les regards autour,
Cette course effrénée à la mort
Lorsque s’amoncellent dans la gorge les aliments par millier,
Le bon son à donner,
Donner le change.
En bonnes et dues formes.
Formes d'enfer.
Et l'armée des ombres jamais loin,
Celle qui œuvre en moi,
Jamais loin d'elle mes pires cauchemars,
Les yeux ouverts, happer, avaler le drame
Paupières clauses le drame se digère.
Les souvenirs se gèlent en moi.
Jamais loin de moi,
Le monstre "ami-ami" n'en finit jamais tout à fait de m'appeler.
Encore crient les corps, s'aborde toi donc encore,
Tu es si près, plus très loin, tu es à ça,
Jette l'encre, jette l'or en barre,
L’or en mer, qu'y faire?
Comme ça, borde-toi d'eux à foison.
Endors-toi de sottises,
Endors-toi aussi des tiennes, de sottises,
Tu es la première à y croire,
Ce poison en toi qui coule.
Chemises et pantalons.
Plus rien en moi qui me lie,
Outrage sur outrage,
Outrage après outrage.
Où trouves-tu le courage ?
Il n'y en a aucun,
La coupe est pleine, voilà tout.
Je déborde,
Va chercher au fond,
Dangereuse petite jusqu'au-boutiste.
En moi la mort a élu domicile,
Au fond je suis résignée,
Et lorsque vient le fond,
L'agonie est proche,
Je contemple mon œuvre.
Œuvrez encore, Œuvrez -donc.
Discrète petite ouvrière.
Le mal à la racine,
Les racines du mal,
le mal dans son œuf.
Persiflage des belles œuvres,
Des beaux mots,
L’amour à faire, en tête,
Dans la bouche de ceux qui s'en servent,
Et qui n'y remettent plus les pieds.
Mais bien en tête hantent, hantent encore.
Mort, oh mort je te câline en ce lit,
Et ainsi jusqu'à la lie,
Je bois le calice.
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"Je suis sentimentale - je le sais. Je suis désespérée et déraisonnable - je le sais aussi. Oh, aide-moi."
Anne Franck (1929-1945)
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