"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" (Stig DAGERMAN)
11 Septembre 2020
Je voudrais cette fois ne pas autant déborder.
Je voudrais ne pas tant m'épuiser, ne pas tant me gâcher ici et là, chercher ainsi que je fais depuis toujours des regards dans lesquels je mets trop de sens, desquels j'attends trop, des bras qui ne m'étreignent pas moi.
Je voudrais découvrir le plaisir d'être vraie, authentique, pour que mes "oui" ne soient plus mentis, pour ne plus me trahir, pour cesser d'assouvir uniquement l'envie qui se présente en face de moi.
Je voudrais que cessent en moi les euphories fulgurantes et qui n'existent en fait que dans ma tête, qui ne sont faites que d'éternels amoncellements de sur-interprétations, de regards, de gestes, et qui ne durent que le temps d'un moment fugace, qui n'existent que pour ça, pour ce moment là.
Je voudrais que mes émotions cessent de m'embarquer comme ça, comme elles le font depuis tant d'années. Je voudrais ne plus me faire embarquer jusqu'à me trahir, me laisser en lambeaux, chaos et tout juste capable de remplir des pages blanches de mots plus tristes les uns que les autres.
Je voudrais cesser de creuser chaque jour ma tombe un peu plus encore que la veille.
Je n'aspire qu'à cesser de vivre ainsi à bout de souffle, et que prennent fin les infinies conséquences de ce perpétuel décalage entre mon ressenti et la réalité telle qu'elle est vraiment. Et les autres aussi.
Et puis l'après, ces conséquences qui m'explosent au visage.
Je ne veux plus me sentir désarmée à l'atterrissage. L'atterrissage qui anéantit tous mes espoirs, toutes mes envies, tous mes allants. L'atterrissage qui me jette à la figure ce qu'il en est vraiment, et se rit de ce que j'ai bien eu aller chercher, ce que j'ai bien pu imaginer, vouloir, espérer.
Je suis fatiguée d'être infatigable. D'aimer autant. De tout détecter. D'anticiper sans cesse, partout, tout le temps. A l'affût en permanence de ce qui pourrait faire comprendre à quel point je retiens tout, à quel point tout s'imprime en moi.
Je ne supporte plus ce masque. Déjà il tombe par-ci, par-là, je fais déjà des dégâts.
Je suis fatiguée de me cacher alors que tout le monde m'a vue, alors que tout le monde ne voit que moi.
Je voudrais ne plus minauder, je voudrais cesser de mettre sur un piédestal chaque être qui pénètre mon monde et n'a pas la moindre idée de l'impact qu'il a d'ores et déjà dans ma vie, dans mes gestes, dans mon souffle, dans mes regards, dans ma hâte qu'il réapparaisse au plus vite, dans ma capacité à lui offrir ma vie, à tout lui sacrifier de ma vie jusqu'à ce qu'elle a de plus précieux.
Je rêve de ne plus me mettre plus bas que terre dans ces sacrifices là.
Je rêve de réussir à me faire violence, pour mon plus grand bien.
Cette si belle violence....
Tout ce que je voudrais c'est que l'on me dise que tout cela a un sens, que je ne dois surtout pas m'arrêter d'ainsi vivre en démultipliant tous ces petits rien par mille.
Je refuse que ma course s'arrête.
C'est si merveilleux, cette course au désir, cette course à l'émotion, ces petits enchantements d'un rien.
Certes souvent je tombe, je me massacre toute entière, je m'abîme.
Mais la vague suivante, je la veux déjà, qu'elle m'avale, qu'elle m'aspire, je n'attends que ça, je ne désire que ça.
Je voudrais que cela ne s'arrête jamais.
"Je suis sentimentale - je le sais. Je suis désespérée et déraisonnable - je le sais aussi. Oh, aide-moi."
Anne Franck (1929-1945)
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