"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" (Stig DAGERMAN)
1 Août 2021
"La meilleure façon de décrire le trouble de la personnalité borderline est de partir du vécu des personnes concernées. Celles-ci éprouvent des états émotionnels intenses, survenant brusquement et souvent difficilement contrôlables. Les personnes chez qui un trouble de la personnalité borderline a été diagnostiqué souffrent d’une perturbation marquée du rapport qu’elles entretiennent avec elles-mêmes et les autres."
« D’un côté je fonctionne à 150%, d’un autre, je suis émotionnellement une loque.»
« Tu as tellement de souffrances à l’intérieur de toi que tu essaies de te faire mal à l’extérieur.»
« Ce n’est que lorsque je sens la douleur que je recommence à prendre lentement pied.»
« Je ne cesse de papillonner d’une personne à l’autre.
D’abord je suis tout feu tout flamme, tout m’enthousiasme,
mais bien vite, les mêmes choses m’ennuient complètement. »
Mode de relations interpersonnelles instables et intenses
caractérisées par l’alternance entre
les positions extrêmes d’idéalisation excessive et de dévalorisation.
« Presque toutes les relations que j’ai eues étaient de courte durée, surtout lorsqu’elles étaient intenses. Dès que je commençais à faire confiance à quelqu’un, je m’engageais beaucoup, sans attendre. Puisque je m’ouvrais à l’autre, j’attendais qu’il réagisse en conséquence. Je ne lui cachais aucune de mes émotions, mais cela ne durait pas longtemps et la relation stagnait. C’est à ce moment-là que mon partenaire montrait ses limites, ce qui fait que je rompais rapidement la relation. »
« Il y a des jours où je me réveille avec le sentiment que l’existence me pèse comme une chape de plomb. Tout me semble vain, sans issue, et tout ce que j’entreprends est voué à l’échec. En même temps, il suffit que pendant ce genre de journée je reçoive un compliment, que quelqu’un m’approuve ou m’encourage, et j’ai alors l’impression que je pourrais soulever des montagnes, résoudre n’importe quelle difficulté avec le sourire. Dans l’autre sens, c’est la même chose. Il suffit d’une critique, d’un seul mot ou d’un seul regard, pour me faire tomber au fond du trou. Alors je me retire complètement, je débranche le câble du téléphone, je romps tous mes contacts, je ne dis plus rien, on ne peut plus m’atteindre. »
Apparition transitoire dans des situations de stress
d’une idée persécutoire ou de symptômes dissociatifs sévères.
« Même quand je suis avec d’autres personnes, il y a des moments où ma peur fait ce qu’elle veut. J’ai alors peur des autos, ou bien des gens dans le métro. Je vois des objets s’approcher de moi, je n’arrive plus à respirer. Tout me devient brusquement étranger. La peur me domine complètement et fait disparaître toute forme de réalité. Quand tout semble vous menacer, vous êtes vraiment dans un tout autre monde. Je me sens agressé, sans protection. Et je ne peux pas simplement m’enfuir, car ce sont mes propres perceptions qui sont confuses. »
COMMENT APPARAÎT LE TROUBLE DE LA PERSONNALITÉ BORDERLINE ?
Ces dernières décennies, des recherches approfondies ont été consacrées aux origines du trouble de la personnalité borderline. Elles ont montré qu’une grande partie des personnes concernées, dont une majorité de femmes, avaient subi des traumatismes sévères durant leur enfance : violence physique ou sexuelle, mais également manque de soins ou perte précoce d’un des parents. Il existe cependant d’autres facteurs risquant d’influencer l’apparition de la maladie.
_Environnement invalidant_
"Des stratégies de survie tout à fait sensées, sans lesquelles les personnes concernées n’auraient pas pu supporter des états extrêmement pénibles ou des expériences traumatisantes."
Andréas KNUF, Le trouble de la personnalité borderline : comprendre la maladie et trouver de l'aide, (Association Pro Mente Sana), 2004
« Nous sommes nus du dedans et nous ne pouvons faire autrement. La transparence est dure à porter. Elle traîne à terre et on pile dessus. Pas de fond, pas de frontière, pas de mur et pas de visière.
Impulsifs et spontanés, nous avons du mal à nous la fermer. Quand on parle, on déborde pis nos mots dégoulinent partout à terre. Des fois, ça fait des taches pis d’autres fois, c’est assez abrasif pour effacer toute la méchanceté du monde. La majorité d’entre nous se réfugient dans les arts quand la vie nous paraît étrangère. Notre langage, c’est l’expression et le ressenti. Nous sommes hypersensibles de nature. Le syndrome borderline est un trouble émotionnel.
Nous sommes «contaminables» et contagieux, autant dans la joie que dans le calvaire. Les journées où je me sens flotter avec des airs de Chopin dans la tête, j’ai vingt-seize ans et je suis une enfant. La bonté est en 3D, en couleurs, en HD et je la vois partout dans les sourires étrangers. Celle de la caissière à l’épicerie, celle du sans-abri, celle de tous ces gens qui font leur bonhomme de chemin avec courage. Je suis eux, ils sont moi et nous sommes seuls ensemble.
Mais ça ne dure jamais. L’impression de rejet et d’abandon arrive avec un coup de vent de mélancolie.
Le vide se pointe, lourd, sans prévenir après la douce lévitation d’un high. Fait qu’on remplit le trou par tous les moyens avec des excès divers. Alcool, bouffe, drogue, sexe, dépenses sur un coup de tête, conduite dangereuse…
Trop tard. On a pesé sur le piton autodestruction. On doit se délocalisera pour faire sortir le trop-plein de peine qui nous ronge de l’intérieur. Pis on se fait mal pour de vrai de toutes les manières jusqu’à parfois tenter d’en finir. C’est de l’automutilation. Nous sommes au bord du précipice et on rit dans la face du vide. Le monde entier est sur le bord de sacrer le camp en bas, anyways.
Après la crise, c’est la léthargie. On laisse tomber notre enthousiasme et nos obligations quotidiennes. Seulement l’idée de se montrer la face en public nous rend malades. Le monstre exubérant s’est déjà donné en spectacle pis c’est sold out. Il a assez veillé, il a honte et veut se cacher. Ce monstre, c’est notre double polymorphe.
Et puis, on se lave de nos peines et on renait. La joie accouche de nous et on ramasse nos tripes. Le même processus recommence indéfiniment.
Nous sommes sensibles, mais très braves. La plupart de nous l’a eu rough avec un buffet de merdes possibles: abus, violence, traumatismes, manque de confiance, abandon, rejet et épuisement.
Perfectionnistes, l’exigence nous pousse à viser toujours plus haut pour combler l’insatisfaction qu’on a envers nous-mêmes. Sauf que, quand on feel bien, le monde nous appartient et on se sent capables de tout.
Nous avons le besoin de plaire aux gens et nous n’avons jamais assez d’amour. Mais attention! Si vous vous approchez trop, on peut se sentir envahis. Si vous êtes distants, on se sent parfois abandonnés. Notre état sentimental attire les pervers narcissiques: de fins manipulateurs charmants et vampiriques qui tirent notre jus pour se sentir importants à tout prix aux yeux de quelqu’un.
Nous avons besoin de nous identifier à quelque chose parce que la définition de nous-même est floue. On se colle des étiquettes dans le front, on joue aux devinettes et on se dévoile avec un «Shame on me» trempé de larmes ou avec un personnage bien affirmé au sourire exagéré et créé de toutes pièces en guise de façade. Pis après on se défait parce qu’on ne se reconnait pas.
Malgré tous nos travers, nous sommes des personnes colorées et anticonformistes. Nous sommes des amis fidèles et des amoureux passionnés. Notre entourage s’ennuie rarement avec nous: toujours une anecdote cocasse à raconter parmi la pléiade d’événements qui compose notre vie rocambolesque. Nous faisons également preuve de beaucoup d’humilité et d’altruisme.
Nous devons travailler sur nous constamment pour nous apercevoir que notre sensibilité peut nous mener au bonheur plutôt qu’à l’autodestruction. Nous voulons être heureux, rendre heureux et nous sentir acceptés. Nous voulons aussi nous aimer, avoir une belle estime de soi.»
Article "Je suis… borderline" du 5 février 2015 de Roxanne Chouinard
"Je suis sentimentale - je le sais. Je suis désespérée et déraisonnable - je le sais aussi. Oh, aide-moi."
Anne Franck (1929-1945)
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