"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" (Stig DAGERMAN)
7 Mars 2019
Que faire pour montrer son hostilité envers quelqu'un, afficher son mépris, exprimer sa haine ?
Quelle attitude adopter ? Quels mots utiliser ?
Crier ? Hurler ? Vociférer ?
Insulter ? Invectiver ? Agonir d'injures ?
C'est bien tentant, cela peut paraître libérateur de se défouler ainsi sur une personne que l'on n'aime pas. Et pourtant...
Pourtant, ce n'est pas la meilleure solution. Ce n'est même pas une solution tout court.
Toutes ces gesticulations sont inappropriées. Car à travers elles on montre à l'autre qu'il ne nous est pas indifférent.
On lui donne une existence.
Alors, que faire ?
Se taire.
Opposer un silence total, obstiné, méprisant. Dévastateur.
Par son silence, montrer à l'autre qu'on ne le voit pas, qu'on ne l'entend pas : qu'il n'existe pas.
Par son silence, lui refuser une quelconque réalité. le faire disparaître par la pensée.
L'autre a beau être présent physiquement, il est humainement absent.
Voilà ce qu'il faut faire.
Voilà ce que font un monsieur âgé et sa nièce, forcés d'héberger un officier allemand pendant la guerre.
À l'occupation subie de leur maison, ils opposent leur silence.
Ça a l'air simple finalement, mais ça ne l'est pas.
Cette guerre silencieuse serait facile à mener si l'ennemi était haïssable : on le déteste et on se tait, point final.
Mais l'officier est poli, cultivé, respectueux. En un mot : charmant.
Il aime la France et sa culture, il le dit et le prouve.
Peut-on séparer l'homme (l'être humain) de sa fonction (officier allemand, donc ennemi) ?
L'oncle et la nièce vont-ils tenir ? Vont-ils être tentés de parler ou réussiront-ils à conserver leur mutisme jusqu'au bout ?
Chut... silence ! Je ne vous dirai rien de plus !
"Je suis sentimentale - je le sais. Je suis désespérée et déraisonnable - je le sais aussi. Oh, aide-moi."
Anne Franck (1929-1945)
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