"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" (Stig DAGERMAN)
2 Avril 2020
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AQUARELLE | À VAU-L’EAU | ENGLOUTIR
FLUIDE | MANGROVE |OASIS
ONDÉE | PLOUF ! |RUISSELER | SPITANT
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Elle en était encore toute imprégnée. Elle n’avait absolument pas pu empêcher tout ce qui était arrivé par le passé.
Absolument pas pu. C'était son truc, l'absolu. En tout cas, très longtemps, elle en était restée convaincue. Et aujourd'hui, cela ne devait plus se reproduire. Et si cela s’annonçait à nouveau, aussitôt elle se l’interdirait. Elle ne le permettrait pas. Elle ne se l’autoriserait pas.
Sa mémoire n’avait pas englouti tout ce qui était advenu de ces eaux profondes. Bien au contraire. Tout était là, embué mais si présent, et toutes les ombres avec. D'année en année, c’était comme si en elle s’était orchestré une danse des eaux dont les méandres nauséabonds avaient dessiné au fil de l'eau ses bleus en aquarelle.
Au fil du temps, comme en suivant un chemin à vau-l’eau, sa mémoire avait fait en sorte de ne jamais taire tout à fait ces accumulations d’heures dissimulées. Elle avait œuvré en conscience sans merci de telle façon à ne pas faire se muter la houle qui l’habitait en souvenirs mangrove, et au fond desquelles il n’était pas souhaitable qu’elle retourne.
Une partie d’elle y était à demeure, même très loin les marécages.
A mesure, tout était plus fluide. Les drames spitaient encore, mais s’éclipsaient les uns après les autres. Tout ce qui avait fait plouf ! en elle par contre elle avait appris à bien vite s’en débarrasser. Son cœur par contre suivait la marche de son corps et se faisait plus lourd.
Elle avait appris de ces plouf à foison. En se repenchant sur toutes ces ondées que cela avait pu lui provoquer, ces plouf émotionnels lui avaient enseigné bien des choses, au final. Certes tardivement, mais ce n’était pas si grave finalement. Et si l’heure avait était grave souvent, les heures étaient plus douces à présent. Car elle trouvait la leçon belle, savoureuse. Et la saveur de ces heures d’amertume si mal-aimée l’éclairaient tant sur ce qui avait d’elle. Ses envolées, ses espoirs, ses débordements, ses écœurement, et ce à quoi désormais elle aspirait.
Et elle se sentait forte de cela aujourd’hui : de cet oasis de sérénité dans lesquels certes du sang avait été lourdement versé, mais depuis le sang avait été longuement drainé.
Aujourd’hui à peine elle aborde sa vie. Connaissant bien les eaux mourantes elle est vivante, ruisselante.
Et de ces eaux de mille morts les envies jaillissent désormais.

"Je suis sentimentale - je le sais. Je suis désespérée et déraisonnable - je le sais aussi. Oh, aide-moi."
Anne Franck (1929-1945)
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