"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" (Stig DAGERMAN)

Aux confins de ma noirceur.

Quand soudain un écran noir s’abat sur ma vie. Je suis en terrain bien connu. Mais je ne mesure pas ce qui m’arrive.

La cloche a sonné, l’école est finie, et bien finie. Retour à la normale, le noir est ma normale. Finie la lumière, le rideau est tiré, retour dans la pénombre. J’ai quitté la scène de la vie pour survivre et cela fait ma mort. Le vilain mot qui fait peur n’a volontairement pas été prononcé mais tout y est : ma vie arrêtée, empêchée. Me voilà donc replongée dans le noir. Ce noir qui m’a tant aspirée, qui m’a tant pris, qui représente la plus grande partie de ma vie, pour si peu de lumière.

C’est fou comme en un rien, ces terres abandonnées se sont si vite rappelées à moi, pour me redevenir tellement familières comme si je ne les avais finalement jamais délaissées et réduisant mes combats pour la lumière à néant. Le noir que j’essaie de chasser de ma vie, à corps perdu depuis toujours, et avec d’avantage de succès depuis deux ans, se refait une large place dans mon quotidien et a fait se dissiper tous les moindres soubresauts de couleurs connus si tard. 

On me répète que c’est pour mon bien. Mais attaquant ce tunnel, je ne comprends pas bien, leurrée que je peux être par la force puissante et chatoyante emmagasinée depuis des mois pour revenir à la vie. Je ne perçois alors pas du tout la souffrance qui va être la mienne. Je n’ai absolument aucune idée d’où cette souffrance va sortir et comment est-ce qu’elle va s’y prendre pour m’exploser au visage. Je n'ai aucun moyen de me protéger d'elle. Non, ce que je déploie d'abord c'est montrer absolument qu'elle va être ma capacité à gérer ce repli forcé. Je vais gérer. Je vais gérer je me dis. Je vais gérer je vous dis. Ce que je vois d’abord c’est tout ce que je vais bien pouvoir faire, comment je vais bien pouvoir remplir mes jours, sans me douter que j’en serai la plupart du temps incapable, empêchée, arrachée par la noirceur qui m’envahit et qui elle se chargera bien de remplir mon quotidien jour après jour.

J’ai recommencé à regarder vivre les gens par le « miroir aux alouettes » de mes fenêtres. J’ai recommencé à m’épuiser à les regarder. Je retiens tout. L'évolution des ventres ronds des deux ou trois femmes enceintes de la résidence. La progression des travaux de jardinage de mes voisins du dessous, le petit bijoux qu'ils font de leur rez-de-jardin. Là aussi un leurre : j’avais cru en avoir définitivement fini avec la vie par procuration. Mais le noir revient quand on ne l’attend pas et dévaste tout. Je contemple depuis les angles de mes fenêtres ce triste printemps qui jour après jour me rappelle mes lourds compagnons de route morbide que je traîne qui me disent que ce tunnel n'est pas fini.

Ce vecteur de lumière que devraient être mes fenêtres n'ajoute en fait que de la noirceur  supplémentaire à mes heures.

Les ombres de ma noirceur se montrent de plus en plus, prennent de plus en plus le contrôle, elles ont le champ libre, il n’y a pas d’arrêt, pas de limite, rien ne les empêche, c’est tant qu’elles veulent, à n'importe quel moment, et ce jusqu’à ce que je n’en puisse plus.

Ce voyage forcé aux confins de ma noirceur m’apprend sur moi.

Il a un prix inouï. Il me laisse chaos.
 

Aux confins de ma noirceur.
Aux confins de ma noirceur.
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Âme Anonyme

"Je suis sentimentale - je le sais. Je suis désespérée et déraisonnable - je le sais aussi. Oh, aide-moi." Anne Franck (1929-1945)
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