"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" (Stig DAGERMAN)
17 Mai 2013
Hiver 1940, la France est défaite. En province, dans une ancienne demeure, un vieil homme et sa nièce voient une partie de leur habitat réquisitionnée pour héberger un officier allemand. Lors des veillées, dans la grande cuisine, seule pièce chauffée, au coin de l’âtre, l’officier leur rend visite et essaye d’établir un contact. Enfermés dans leur mutisme, les deux hôtes écoutent sans mot dire. De longs monologues sur l’amour des peuples, la coopération, l’admiration de la culture française émanent de cet homme fin et cultivé, musicien de profession. Il croit à l’avenir d’une Europe unifiée où chacun respecte l’autre et y apporte son particularisme. Il croit en la pluralité des cultures et des idées. En face de lui, seul le silence lui répond.
Est-ce si simple de faire la part des choses ? Peut-on si facilement oublier l’uniforme et découvrir impunément la personne qui se cache derrière ? Non ce n’est pas simple. C’est même quasiment impossible. Encore moins si la personne qui est censé être votre adversaire, se révèle être un fervent admirateur de votre patrie. Un amoureux de la France, en l’occurrence. Werner, c’est ainsi que se prénomme le bel allemand, voue une profonde admiration à la France et à tout ce qu’elle représente. La bibliothèque de ses hôtes, en citant avec un profond respect nos grands auteurs, restera à jamais graver dans nos esprits.
Tout comme le silence. Le Silence de deux opprimés, à qui l’on a tout pris, et qui sacrifient leurs dernières forces pour signifier que malgré tout on ne leur enlèvera pas leur liberté. Un silence tellement fort et tellement puissant, que vous ne pouvez que pleurer de rage à cet ultime combat, pleurer et admirer cette jeune fille. Une demoiselle qui s’efforcera de ne pas aimer car elle se convaincra qu’aimer ainsi, c’est collaborer.
Trouvez ce livre, ouvrez-le, pleurez si vous le voulez, refermez-le et ne l’oubliez jamais.
Oublier, c’est effacer l’histoire. Eux se sont battus avec le silence. Nous avons une voix pour leur rendre hommage et pour ne pas qu’un jour il ne nous reste plus que le silence, à nous aussi.
« On ne peut pas dire qu’il rompit le silence, ce fût plutôt comme s’il en était né »
« Je suis heureux d’avoir trouvé ici un vieil homme digne. Et une demoiselle silencieuse. Il faudra vaincre ce silence. Il faudra vaincre le silence de la France. Cela me plaît »
« Les Anglais, reprit-il, on pense aussitôt : Shakespeare. Les Italiens : Dante. L’Espagne : Cervantès. Et nous [les Allemands], tout de suite : Goethe. Après, il faut chercher. Mais si on dit : et la France ? Alors… qui surgit-il à l’instant ? Molière ? Racine ? Hugo ? Voltaire ? Rabelais ? Ou quel autre ? Ils se pressent, ils sont comme une foule à l’entrée d’un théâtre vivant dans lequel on ne sait pas qui faire entrer le premier »
« Un écrivain qui résistait » ou un « résistant qui écrivait ». La question ne se pose as pour Vercors qui « devient » écrivain, résistant, éditeur par le même engagement, en publiant aux Éditions de Minuit, qu’il créé avec Pierre Lescure (1942), une œuvre de résistance au nazisme. : le Silence de la Mer, roman qui marque l’entrée littéraire de Jean Bruller, dit Vercors. Un pseudonyme qu’il choisit en hommage au célèbre maquis du massif du Vercors.
"Je suis sentimentale - je le sais. Je suis désespérée et déraisonnable - je le sais aussi. Oh, aide-moi."
Anne Franck (1929-1945)
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